UN AUTRE MONDE

J’ai entamé cette série par hasard. J’avais rendez-vous avec une amie qui se faisait attendre. Dans ces moments, la seule chose à faire est d’observer ce qui se passe autour de nous, d’analyser les situations qui se déroulent devant nos yeux. Je me suis assis sur le Pont des Arts, comme beaucoup de gens le font, et j’ai maté le mouvement. D’emblée, j’ai repéré ce monsieur qui venait à moi avec sa petite sacoche. Peut-être, comme moi, attendait-il quelqu’un ou alors prenait-il l’air après sa journée de travail. Au bout d’un moment, il s’est assis pile poil dans mon axe et j’ai eu subitement le sentiment de sa solitude, en même temps que le sentiment d’accéder à un « autre monde ». Autour de nous, les gens défilaient à toute allure, des touristes s’agitaient à la rambarde, saluant de la main les passagers des bateaux-mouches. Moi, ce thème m’est apparu dans toute son évidence, celui qu’au-delà de cette agitation existait un « autre monde ».

Il me semble avoir réalisé quatre photos de ce monsieur à la sacoche et j’attendais le moment où il allait se tourner un peu vers moi pour en avoir un meilleur cadrage. Je pense qu’il m’a repéré. Je ne suis pas allé à lui pour lui proposer une photo. Il m’arrive très souvent d’aborder les personnes que j’ai photographiées et de leur demander s’ils désirent récupérer une image, par mail ou même en tirage. J’ignore pourquoi, je me suis abstenu cette fois-là.

Un « autre monde » me tient à cœur, mais je ne cherche jamais à provoquer les situations, je n’embarque pas mon appareil avec l’intention d’illustrer ce thème. Les images viennent d’elles-mêmes et j’accepte le hasard, je tiens à préserver le facteur « chance ». En conséquence, ces images ont été réalisées tantôt avec un boîtier numérique, tantôt avec un argentique, selon que j’ai embarqué l’un ou l’autre avec moi. Paradoxalement, il m’est plus simple de travailler en argentique. Le fait de ne pas disposer immédiatement de mon image est quelque chose d’étrange, mais j’ai le sentiment d’en acquérir une vision et une concentration accrues. Tel un peu l’aveugle qui ne voit pas, mais dont tous les autres sens sont renforcés.

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I started this series perchance. I had an appointmentwith a friend of mine who was lagging behind. In those moments, the only thingto do is to observe what’s going on around us, to analyze the situations thattake place in front of you. I sat on the “Pont Des Art”, as many people do, andI watched the move.I immediately noticed this man coming to me with hissmall bag. Perhaps, like me he was waiting someone or maybe just having freshair after a long day of work.After a while, he sat exactly right in my axis, and Isuddenly had the feeling of his loneliness, at the same time as the feeling ofaccessing “another world”. All around us, people were walking away at topspeed, tourists waving at the guardrail, greeting the bateaux-mouches’passengers. For me, this theme appeared to me as an evidence, the fact thatbeyond this agitation there were “another world”.

I took about 4 pictures of that man with the bag and Iwas waiting the moment where he will turn his face to me to have a betterframing. I guess he spotted me. I didn’t go to him to suggest him a picture. Ithappens often to approach some people of who I took pictures and ask them ifthey wish to get back their image, by mail or even print run.I don’t know why, but this time I refrain myself.

I hold “Another World” very dear to me, but I neverlook forward provoking situations, I don’t bring my camera with the consciousintention to illustrate this theme. The images came by itself and I accept the luckof the draw, I strongly wish to preserve the factor “chance”. Consequently,those images were realized once with a digital camera and sometimes with filmphotography, depending on which one I took with me.Paradoxically, It is much more easy for me to work infilm photography. The fact to not get my pictures immediately is an idea thatdisturbs me, but I have the strong sensation to develop a high vision andincrease concentration. As the blind who don’t see anything, but all the othersenses are enhanced.

TERRE
Metro de Moscou